Régis Boyer - Qu'est-ce qu'un Viking ?

Publié le par Xuihtecuhtli

9782221106310FS.gifL'essai dont il sera question ici est issu d'un ouvrage plus large, Les Vikings : Histoire, Mythes, Dictionnaire, de Régis Boyer. Ce volume comprends outre le texte en question un essai intitulé Le Mythe Viking dans les Lettres françaises (publié seul en 1986 aux éditions du Porte-Glaive), et un dictionnaire de 600 pages sur le sujet.

 

L'auteur

 

Spécialiste français mondialement reconnu de la culture scandinave, Régis Boyer a été professeur de langues, littératures et civilisation scandinaves à l'université de Paris-Sorbonne de 1970 à 2001. Egalement, il fut directeur de l'Institut d'études scandinaves de cette même université. Il a écrit de très nombreuses études au sujet des anciens scandinaves (dont pour l'anecdote cinq livres intitulés sobrement "Les Vikings").

 

But de l'essai : ...

 

Dans l'introduction du livre Les Vikings : Histoire, Mythes, Dictionnaire, Régis Boyer nous dit la chose suivante : "Le Moyen Âge occidental chrétien fut chrétien, très chrétien, la qualité de sa foi, si l'on peut en juger, fut remarquable, sa dévotion, de même. Nos temps rationalistes et technocratiques ont peine à imaginer à quel point le sacré, avec ou sans majuscule, aura régné en cette haute époque".  Le décor est ici planté : les vikings s'étant principalement attaqués à des monastères peuplés par les seules personnes sachant écrire au Haut Moyen-Âge, la postérité se basant sur ces écrits a hérité l'image d'un guerrier cruel et sanguinaire. C'est cette vision faussée du viking que l'auteur va tenter de réfuter dans les deux essais compris dans cet ouvrage.

 

... définir le viking 

 

Au fil de son essai, Régis Boyer va nous décrire le viking en prenant point par point la définition suivante : "On appelle viking (Víkingr, en vieux norois) un commerçant de longue date, particulièrement doué et remarquablement équipé pour cette activité, que la conjoncture a amené à se transformer en pillard ou en guerrier, là où c'était possible, lorsque c'était praticable, mais qui demeurera toujours  quelqu'un d'appliqué à afla sér fjár ("acquérir des richesses")".

 

Loin d'être un guerrier sanguinaire, le viking est en effet avant tout un commerçant, spécialisé pour ainsi dire dans le commerce des produits de luxe (son bateau, le knörr ou skeið, ne lui permet pas d'emporter des marchandises lourdes) et des esclaves. Quand l'occasion se présente, il n'hésite à se muter en pillard dans le cadre d'opérations-éclair minutieusement préparées, souvent à destination des riches monastères.

 

Grand commerçant, le viking est aussi un navigateur hors-pair, parcourant un certain nombre de routes commerciales rayonnant de Scandinavie et ayant, à l'exception des routes du Nord - côtes de la Norvège et Islande - tous le même point final : Constantinople, ville de richesses. Navigateur va ici de pair avec explorateur, voire découvreur. L'arrivée des vikings au Vinland, dans la future Amérique, qu'elle fut ou non effective, est en effet connue de tous. Régis Boyer parle également  d'un certain Yngvarr, qui aurait atteint le Serkland (pays de la soie ? extrême orient ?), ainsi que d'un Freystenn qui serait allé "loin vers l'est". Les explorations des vikings ont peut-être porté plus loin qu'on ne le pense. Quoiqu'il en soit, ces voyages, comme les opérations de pillage, font l'objet d'une préparation des plus minutieuses.

 

Les trois héros vikings que Régis Boyer considère comme typiques n'ont en effet rien de guerrier. Nous comptons ainsi :

- Völundr, le forgeron merveilleux, l'équivalent du Héphaïstos grec ;

- Helgi, lié à la féminité et à la mort ;

- Sigurðr, l'équivalent du Siegfried allemand, symbole de la fidélité à la parole donnée, si importante au pays des félag dont il est question plus haut.

 

Chronologie du phénomène viking

 

Vient ensuite une analyse chronologique, à mon avis fondamentale et qu'il m'importe donc de résumer ici. Régis Boyer sépare l'âge viking (allant d'environ 800 à 1050) en quatre périodes :

- 800 à 850, "période d'essais et de tâtonnements", où les vikings commercent avec l'occident, pillant quelque-fois mais évitant les situations à risques ;

- 850 à 900, avec l'organisation de grands raids à buts lucratifs, qui se provoqueront bien vite l'organisation de résistances dans les royaumes concernés (Alfred le Grand de Wessex en Angleterre du Sud, et le roi Eudes en France) ;

- 900 à 980, période de colonisations, où les vikings s'établissent sur les lieux qu'ils trouvent les plus hospitaliers, s'adaptant vite aux populations locales : ainsi des Norvégiens en Islande et en Ecosse, des Danois (ou encore Norvégiens) en Normandie et à l'est de l'Angleterre (Danelaw), et des Suédois avec la principauté de Novgorod-Hólmgarðr, future Russie. Il est également à noter que les puissants empire du sud (Byzance, Empire Arabe) ne sont pas concernés ;

  - 980 à 1050, qui vit les tentatives de créations de grands royaumes vikings, avec notamment le danois Svein à la Barbe Fourchue et son fils Knútr le Grand, qui tentèrent d'unir Scandinavie, Angleterre et îles nord-atlantique ... royaume qui s'effondrera à la mort du second, en 1035. En Norvège (Ólafr Haraldsson) et en Suède (Ólafr Sköttkonungr), des souverains forts, sur le modèle latin, s'établissent. Le phénomène viking touche à sa fin.

 

Analyse de la fin du phénomène

 

La fin du phénomène viking est probablement liée à ce dernier point. Ces puissants souverains mirent en effet fin à ce qui constituait la base du modèle des anciens scandinaves : la liberté et l'indépendance. "D'associé (fiélag (...)), [le viking] devenait simple sujet". S'y ajoute la conversion au christianisme de la Scandinavie, dans un but notamment d'intégration au reste de l'Europe, christianisme opposé notamment au commerce des esclaves. Enfin, l'évolution du commerce dans le Nord de l'Europe, à présent dominé par les Frisons et leurs lourds navires, les cogues, capables de transporter d'importantes masses de marchandises, à rendu dépassé le commerce tel que pratiqué par les Scandinaves.

 

Conclusion

 

Un essai extrêmement riche en informations, qui se lit très facilement et très rapidement. Je lui reprocherais néanmoins de mettre notre mémoire à rude épreuve. En effet la densité des connaissances présentes donne parfois l'impression de lire un résumé de l'ouvrage du même auteur, Les Vikings (2002), abordant tous les aspects de l'histoire et de la culture de ces hommes du Nord. Qu'est-ce qu'un viking reste cependant axé sur un seul et même but : nous prouver que l'image d'Epinal du viking tient de la mystification.

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Publié dans histoire

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