Matei Cazacu - Dracula
Contrairement à ce que pourrait nous faire penser son titre, cet ouvrage de Matei Cazacu n'est pas une réécriture du roman de Bram Stoker, et encore moins une histoire de vampires (bien que ceux-ci soient très présents au fil des pages). Il s'agit en effet d'une biographie de Vlad III Dracula, en tant que personnage historique, prince valaque du XVe siècle.L'auteur
Historien roumain, Matei Cazacu s'est depuis sa thèse de maîtrise intéressé au fameux "fils du dragon". Il y a en effet consacré une grande partie de ses travaux, dont cette biographie est manifestement l'un des aboutissements. Tout cela nous est exposé dans l'avant-propos de son ouvrage, où il est question de ses travaux avec d'autres spécialistes du personnage, depuis les années 1960.
Structure de l'ouvrage
Ce livre a cela d'intéressant qu'il ne s'arrête pas uniquement à l'aspect biographie, même si celle-ci est centrale. L'on y trouve en effet la vie des ancêtres de Vlad Dracula, racontée de manière assez détaillée. Egalement, les derniers chapitres se penchent surtout sur le vampire dans la mentalité roumaine. En annexe, le lecteur trouvera une nouvelle de Marie Nizet, Le Capitaine Vampire, et plusieurs textes sur le prince valaque. Mais concentrons-nous surtout sur la biographie.
Contenu
Matei Cazacu réussit sans encombres à nous raconter de façon agréable la vie du souverain valaque, depuis son enfance à sa mort encore assez floue, en passant par ses trois règnes (1448, 1456-1462 et 1476). Le tout est décrit de manière très détaillée, faisant très souvent appel à des citations d'ouvrages d'époque. Parmi eux se trouvent nombre de pamphlets (qui ont fleuri sur le sujet), mais aussi des extraits d'historiens, notamment du grec Laonikos Chalkokondyles.
L'intérêt de la vie de Vlad Dracula vient notamment du fait que ses règnes sont très liés aux événements hongrois et turcs. Cela vient notamment du fait que la Valachie, au sud de l'actuelle Roumanie, faisait à l'époque figure d'état-tampon entre les deux puissances. La principauté est en effet à la fois vassale de la Hongrie et est assujetie au tribu envers les Ottomans. Au milieu de tout cela, Vlad Dracula a passé la majeure partie de sa vie à combattre les Turcs de Mehmet II, tout en gardant un oeil vers un Mathias Corvin souvent méfiant envers lui. Cette importance des affaires extérieures en Valachie se traduit dans l'ouvrage par de longs passages sur les histoires nationales hongroise et ottomane.
Ce qui concerne les affaires intérieures est bien sûr consacré à ce qui fit la célébrité de Dracula dès son second règne : sa grande cruauté. De très nombreuses pages sont consacrées aux anecdotes sur ce sujet, telles les forêts d'individus empalés (qui lui a valu le surnom roumain de "Tepes", l'empaleur) et autres supplices (Tziganes bouillis et mendiants brûlés). Loin de se contenter de nous exposer ces cruautés, Matei Cazacu nous invite à une véritable réflexion sur le sujet : les pamphlets n'aurait-ils pas volontairement gonflé ces cruautés ? ils nous expose la théorie d'un historien qui démontre que Dracula n'aurait fait que respecter des lois cruelles, mais déjà en place à son arrivée. Egalement, l'on apprend que grâce à l'ouvrage d'un certain Théodore Kuritsyne, Vlad Dracula aurait fait figure de prince modèle en Russie. Ivan le Terrible se serait inspiré de lui.
Enfin, les derniers chapitres sont consacré au vampire, et à sa place dans l'imaginaire roumain. On y découvre qu'il y est très présent, les paysans allant jusqu'à déterrer et couper en morceaux des cadavres suspectés de vampirisme, avec quelques cas encore à une époque assez récente (années 1950). Le lien avec l'Eglise orthodoxe, qui l'a soit utilisé soit combattu, y est amplement discuté. Les gens excommuniés étaient en effet suspects de devenir vârcolac (vampires) après leur mort. Tout cela s'enchaîne ensuite avec un chapitre sur Bram Stoker, ce qui a amené l'évolution du Dracula historique au vampire bien connu. A noté également la présence d'un chapitre "Dracula est-il un vampire ?" inutile mais plaisant. Les nombreuses annexes ne font que compléter un ouvrage déjà exhaustif.
Conclusion
Dracula est donc un livre que je conseillerais vivement à plusieurs publics : amateurs du vampire, de l'histoire ottomane, des mythes roumains et bien sûr de l'histoire de ce même pays, représentée en France par trop peu d'ouvrages. Bien écrit, complet et varié, le lecteur en ressort le sourire aux lèvres.
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