Primo Levi - Si c'est un homme
Immonde et dur. Je n'utilise pas ici ces adjectifs pour caractériser le livre, mais bien ce qui y est décrit. Le témoignage de Primo Levi sur la vie à Auschwitz est en effet quelque-chose de particulièrement dérangeant, à la fois dans son détail et dans la vision des choses exposées, comparant un grand nombre de fois la bête et l'homme. C'est un véritable processus de déchéance qui nous est exposé ici, par quelqu'un qui était pour ainsi dire aux premières loges.L'auteur
Primo Levi a en effet connu les camps. Il s'estime même chanceux de n'y être arrivé qu'en 1944, et d'y avoir survécu. Italien, chimiste de formation, il raconte rapidement au début de l'ouvrage les événements qui l'ont amené à Auschwitz : Juif et dissident face à la république fasciste de Salo, une patrouille allemande réussit à le capturer dans les montagnes. Le reste s'enchaîne rapidement. Une véritable spirale de l'horreur.
La vie dans le camp
Car c'est un monde de faim, de froid et de brutalité que nous présente Primo Levi. Il nous décrit des hommes entassés comme des bêtes et prêts à tout pour trouver de quoi manger. Il nous décrit également des Allemands et kapos brutaux, dans un monde complétement absurde rythmé par les sélections pour les chambres à gaz, le travail à longueur de journée (les prisonniers travaillent du lever au coucher du soleil, le travail de nuit pouvant favoriser d'éventuelles évasions) et les rations ridiculement petites de soupe.
Primo Levi nous montre également extrêmement bien l'organisation absurde du Lager (camp), qui dispose d'une infirmerie où il faut faire des queues sans fin pour se faire accepter ou soigner (au grand dam des dycentriques), ou encore où des prisonniers de droit commun, stupides et brutaux mais "aryens", sont mis à la tête de kommandos de travail composés de gens qualifiés mais "inférieurs". L'auteur nous décrit également la véritable tour de babel qu'est le lager, composé d'individus venus de toute l'Europe bien malgré eux. On a l'impression d'une nuée grouillante, d'une nuée bestiale.
Une organisation vitale
Car, et le titre est là pour nous le montrer, le lager enlève toute humanité à ses prisonniers. Ceux-ci perdent d'ailleurs jusqu'à leur nom, désignés par un numéro. L'égoïsme et l'instinct de survie reprends vite le dessus; ceux qui ne s'adaptent pas meurent vite. Tout ce qui est laissé sans surveillance sera volé, d'où l'utilité d'emporter son maigre bardas partout avec soi, même aux douches (qui sont obligatoires tous les jours, mais bien évidemment à l'eau froide et sans savon). On n'hésite pas à voler le pain du voisin. La faim contrôle tout.
Mais égalemement, l'auteur nous montre l'organisation méthodique des prisonniers qui réussissent à "survivre" : savoir om se mettre dans la queue à la soupe pour avoir les parties les moins liquides, trafiquer avec les prisonniers civils (captifs anglais, français du STO, prisonniers de droit commun, etc.) pour avoir du pain. Une véritable macro-économie se développe dans le camp : une cuillère vaut par exemple un certain nombre de morceaux de pain, ainsi que d'ailleurs tout ce que l'on peut voler sur le lieu de travail ou dans le block. C'est grâce à cette organisation que Primo Levi et ses compagnons d'infortune, au nombre extrêmement réduit, ont pu survivre jusqu'au bout, dans un camp abandonné par les Allemands peu avant l'arrivée des Russes.
Conclusion
Un livre à lire, assurément. Sûrement le meilleur témoignage qui soit sur le sujet. La vie dans le lager nous y est montrée dans des détails parmi les plus durs, mais à l'intérêt historique certain. Un livre prenant qui nous rappelle que finalement, notre vie est un paradis par rapport à ce qu'ont pu subir d'autres personnes;
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