Alain Lombard - Politique Culturelle internationale ; le modèle français face à la mondialisation
L'auteur
Ancien élève de l'ENA, Alain Lombard a occupé de nombreux postes de responsabilité dans le domaine des relations internationales en France comme à l'étranger. Il est à présent enseignant à Paris-Dauphine.
La diplomatie culturelle française dans le monde actuel
L'ouvrage s'ouvre sur deux chapitres montrant l'évolution des relations culturelles depuis l'Antiquité, et leur enjeux. Y est expliqué le fait que l'on est passé d'un monde fermé, composé de civilisations ayant peu de rapports et d'échanges culturels, à un monde où l'échange est permanent. Les technologies de l'époque contemporaine permettent ainsi aux différents produits culturels de circuler sur toute la planète. Toutefois force est de constater la prédominance américaine, les Etats-Unis disposant des moyens d'exporter une culture qui se révèle très populaire, et profitent en plus de la prédominance de l'anglais. Pour preuve, la part du cinéma américain dans chaque pays du monde oscille entre 50 et 90 % du marché. Cette omniprésence, effective pour les Etats-Unis, est l'un des buts de la diplomatie culturelle, visant à faire connaître une image positive du pays à l'étranger.
La diplomatie culturelle française s'insère dans ce modèle, mais dispose tout de même de fortes particularités. Tout d'abord, l'idée de "rayonnement culturel", avatar de l'ancienne monarchie. La France doit rayonner, doit montrer l'exemple de par sa culture étendue. S'ajoute à cela une forte implication de l'Etat et le déploiement d'importants moyens. Toutefois, cette vision a beaucoup évolué ces dernières décennies. La France veut à présent promouvoir la diversité des cultures, et le dialogue entre ces dernières. En témoigne notamment l'existence d'un ministère de la coopération, à présent fusionné avec le ministère des affaires étrangères.
Les structures concernées
C'est justement le ministère des affaires étrangères, et non celui de la culture, qui s'occupe de la diplomatie cutlurelle française de par la DGCID (Direction générale de la coopération internationale et du développement). Des services culturels sont ainsi compris dans les ambassades, dirigés par des attachés culturels. Leur rôle est d'organiser des manifestations de façon à promouvoir la culture française à l'étranger (comme, par exemple, l'année de la France au Japon qui fut un grand succès). Les manifestations de ce type à l'intérieur du territoire français - saisons culturelles étrangères - sont quant à elles confiées au ministère de la culture. Egalement, des associations comme l'AFAA ou les Alliances Françaises jouent un rôle du même type. Force est de constater que la France dispose d'un réseau culturel des plus étendus à l'étranger, avec notamment nombre d'établissements scolaires (gérés par l'AEFE, Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger). L'auteur rappelle tout de même que cela reste assez coûteux à une époque de flux dématérialisés (Internet), et surtout confus avec l'éparpillement des compétences entre les diverses structures.
Les différents aspects de la diplomatie culturelle française
Les derniers chapitres concernent les différents aspects de la diplomatie culturelle française. Y est notamment question de la promotion de la langue, objectif d'une importance majeure à l'intérieur (Loi Toubon de 1994) comme à l'extérieur du territoire. Contrairement à un Etat comme par exemple le Japon, la France maintient dans chacune de ses structures culturelles à l'étranger (notamment les Alliances Françaises) des enseignants de langue française. Ces enseignement constituent par ailleurs une forte source de revenus.
Autre aspect de la diplomatie culturelle, la promotion des industries culturelles françaises à l'étranger est également abordée. Ce dernier terme désigne aussi bien la musique que le multimédia ou l'audiovisuel. Ces dernier sont assurés par la présence d'une radio internationale (RFI), et d'une chaîne francophone internationale (TV5). L'auteur regrette toutefois que TV5 ne se contente que de rediffusions des chaînes internes, sans avoir de programmes propres. Le problème semble à présent résolu avec l'existence de France 24.
Le dernier chapitre de l'ouvrage aborde enfin un aspect sur lequel la France insiste lourdement, notamment à l'OMC : il s'agit de l'exception culturelle. Celle-ci vise à affranchir la culture du libéralisme ("les produits culturels ne sont pas des marchandises comme les autres") de par l'intervention de l'Etat avec des subventions et des lois obligeant à un certain maintien des produits culturels locaux dans les médias (loi sur les quotas d'expression française de 1994 pour la radio, avec quota de 40 % de chanson d'expression française sur les ondes nationales). Souvent qualifiée de protectionniste ou identitaire, l'exception culturelle vise cependant surtout à promouvoir la diversité culturelle, dont l'importance a été reconnue par l'Unesco (Déclaration Universelle sur la diversité culturelle du 26 octobre 2001). Le but est de voir les différentes cultures survivre à un marché bien souvent aveugle.
Conclusion
Un livre qui se lit assez vite, plutôt bien écrit, et facilement accessible. La masse d'informations contenue peut toutefois poser problème si l'on s'y connaît peu en relations internationales. Une deuxième lecture n'est donc pas inutile.
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