Cinéma : Persépolis
Film d'animation (2007) réalisé par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi, Pesépolis raconte la vie de cette dernière, avec en arrière-plan une bonne partie de l'histoire de l'Iran et de ses habitants depuis la Révolution Islamique. Ce film est adapté d'un roman graphique du même auteur ; tout comme dans cet ouvrage, l'on peut y distinguer quatre grandes parties.La première partie nous conte l'enfance de Marjane Satrapi, née en 1969, dans les dernières années du règne du chah Mohammad Reza Chah Pahlavi. L'on y découvre un Iran moderne, très occidentalisé, aux moeurs libres et en apparence insouciant. Toutefois l'envers du décors est vite dévoilé : une dictature de droit divin ("l'école nous a appris que le chah a été choisi par Dieu" dit la jeune Marjane a ses parents) ne tolérant pas l'opposition politique, enfermant nombre d'opposants (notamment les communistes). Toutefois l'ambiance reste relativement légère, la jeune Marjane étant une enfant particulièrement ... turbulente.
Puis vient la deuxième partie, celle de la Révolution islamique de 1979 et du retour de nombreux prisonniers politiques. Parmi eux se trouve notamment l'oncle de Marjane, Anouche, militant communiste qui voit en cette révolution l'avénement de la liberté pour l'Iran. Il déchantera vite. Il aura une relation privilégiée avec sa nièce, qui la marquera fortement. Puis vient le temps de l'adolescence dans un contexte de dictature des mollah, d'appauvrissement et de guerre contre l'Irak. L'on y voit les Iraniens tenter de vivre leur vie, faisant la fête en cachette, et se procurant sous le manteau des cassettes de musique américaine. Le climat devient de plus en plus lourd, au point que les parents de Marjane, déduisant que le fait que leur fille n'ait pas sa langue dans sa poche pourrait lui attirer des ennuis, décident de l'envoyer en Autriche, a Vienne.
Débute alors la troisième partie. L'expérience de Marjane à Vienne tourne vite au fiasco, la jeune fille vagabondant de logement en logement avant de finir à la rue. Elle y découvre une société au final bien éloignée de la sienne, avec des marginaux "désabusés" alors qu'ils ont tout. Elle y découvre également l'amour ... et surtout ses aléas, qui lui feront bien du mal. Malgré cet aspect sombre, la narration garde toujours un humour jamais déplacé (le contraste entre la vision du petit ami avant et après adultère est mémorable). L'on voit en cette partie du film que la société occidentale est elle aussi loin d'être parfaite, sa liberté et son individualisme n'étant pas sans contrepartie. Tout cela finit en un dégoût qui persuade Marjane de revenir en son pays natal.
Vient alors la quatrième et dernière partie, qui apparait en premier lieu comme une répétition de la deuxième : fêtes clandestines, enseignement pratiquant l'abrutissement idéologique et terreur que font régner les pasdaran (gardiens de la Révolution, apparemment une police politique), le tout avec des scènes parfois d'une certaine dureté. On y voit Marjane Satrapi commencer des études d'arts, se marier et ... divorcer, soutenue en cela par sa grand-mère, femme qui est restée très libre malgré le régime, et dont les conseils et reproches influencent grandement sa petite fille. Les souvenirs s'achèvent finalement sur le retour en occident de Marjane, pour la retouver de nos jours dans l'aéroport pour l'ultime scène.
Un mot notamment sur l'animation et la musique : la première donne un cachet réellement agréable au film, l'utilisation constante du noir et blanc jouant plutôt en sa faveur. Son utilisation, au lieu de "vrais" acteurs, permet notamment de mieux faire passer les émotions et autres éléments abstraits. J'ai notamment particulièrement apprécié la scène du début avec le chah et son fils, animés comme une sorte de marionnette indonésiène, le tout dans un décor très typé persan. La musique vaut également le détour, notamment celle du générique de début, qui est superbe.
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