Jacques Soustelle - Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole
Après plusieurs mois sans poster d'articles, pour diverses raisons notamment liées aux études, j'ai décidé comme vous pouvez le constater de reprendre ce blog. Commençons donc avec un article concernant un classique français sur l'Amérique précolombienne, Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole.L'auteur
Homme politique gaulliste, résistant et académicien, Jacques Soustelle (1912 - 1990) est surtout connu comme spécialiste des civilisations autochtones d'Amérique. Il est à l'origine de nombreuses oeuvres, en particuliers sur les Aztèques. Le livre étudié dans cette article, paru pour la première fois en 1955, est probablement le plus célèbre.
Une dualité essentielle
L'ouvrage débute par une rapide chronologie de l'Anahuac, pays des Aztèques. Cette histoire a son importance, car la dualité entre Toltèques sédentaires et Chichimèques - dont font partie les Aztèques - nomades sont indispensables pour comprendre la civilisation du Mexique ancien. En effet, à la lecture des différents chapitres du livre, s'attardant chacun sur un aspect de la vie et de la culture aztèques, l'on comprend que l'on a affaire à un peuple de "barbares civilisés". Nous est présenté l'univers d'un peuple peu policé venu du Nord, qui est devenu en deux siècles (Tenochtitlan fut fondée en 1325) le plus puissant de sa région. C'est un monde guerrier qui nous est présenté, mais où la poésie et le raffinement (goût des fleurs notamment) sont partout présent. C'est aussi un monde, certes dominé par un Empereur tout puissant, mais régis par des lois que chacun doit respecter, riche ou pauvre. Surtout, c'est un monde où la religion est omniprésente.
Une religion omniprésente
Cette dernière est elle-même au coeur de cette dualité. Ainsi au sein de la capitale de l'empire, Tenochtitlan-Mexico (dominant une alliance de trois cités avec Texcoco et Tlacopan), le grand temple - construit de 1483 à 1487 à l'initiative de l'empereur Tizoc - est dédié à deux divinités : Huitzilopochtli, dieu de la guerre protecteur et meneur de la tribu aztèque (dieu astral), et Tlaloc, divinité de la pluie adorée sur le plateau mexicain (dieu terrestre). Cette dualité entre les dieux astraux amenés par les Chichimèques et les dieux terrestres adorés par les Toltèques est saillante : les premiers sont liés à la guerre et aux sacrifices humains nécessaires pour que le monde continue d'exister (les deux étant réunis dans la xochiyaoyotl, "guerre fleurie" ayant pour but la prise de prisonniers), et les seconds à la sagesse (ainsi de Quetzalcoatl, dieu des prêtres, par ailleurs chassé vers l'orient par un dieu astral, le miroir fumant Tezcatlipoca, dieu des sorciers) et à l'agriculture (dieux du maïs). Le calendrier aztèque étant jalonné de nombreuses fêtes et cérémonies, le rappel de la présence des nombreux dieux de ce peuple est constante dans la vie des Aztèques.
Vie et hiérarchie sociale chez les Aztèques
Comme l'indique le titre de l'ouvrage, c'est sur ce dernier aspect qu'insiste fortement Jacques Soustelle, avec des chapitres aux titres évocateur tel que "la journée d'un mexicain". La plupart des éléments sont décrits : travail (avec des travaux publics obligatoires), nourriture (l'atolli, bouillie de maïs des pauvres, et l'octli, jus d'agave des plus riches), habillement (du pagne aux ornements réservés à ceux qui en ont eu le mérite), tout cela dans une hierarchie sociale forte. L'on distingue ainsi les esclaves (tlatlacotin), les hommes du peuple (maceualtin), les artisans (tolteca), les nobles (tecuhtli, non héréditaires) et les marchands (pochteca). A noter que l'esclavage est assez souple ; l'on ne reste pas esclave toute sa vie, et on peut le devenir pour rembourser des dettes. Autre éléments, les classes sociales sont perméables : le guerrier faisant ses preuves en capturant des prisonniers à la guerre peut facilement évoluer socialement, quelque soit son origine. Les pochteca restent la seule classe à part, marchand-espions ne montrant pas leur richesse. Toutefois Jacques Soustelle met l'accent sur une évolution de la société aztèque à la fin du XVe siècle qui aurait pu aboutir à la constitution d'une véritable noblesse héréditaire (avec les pilli, fils de tecuhtli), doublée d'une importance croissant des pochteca ; mais l'arrivée des Espagnols mit un point d'arrêt à ce processus ...
Conclusion
Un livre qui est un grand classique et qui est donc indispensable pour comprendre la culture des habitants de l'Anahuac. Toutefois la lecture de l'ouvrage paru chez PUF, du même auteur, serait préférable pour débuter dans l'étude de cette civilisation. En effet ce dernier contient des éléments historiques qui sont mis de coté dans Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole.
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