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Mardi 11 mars 2008
18889952.jpgEtant originaire et habitant dans le Nord (à Lille pour être exact), j'avais quelques appréhensions en allant au cinéma voir ce film réalisé par Dany Boon, me demandant si l'image de ma sacro-sainte région n'y serait pas écornée. Eh bien c'est le sourire au lèvre que j'en suis ressorti, description vous laissant deviner mes sentiments.

Le synopsis part d'une idée simple, exploitant le thème de la rencontre entre deux cultures. Cadre de la Poste de Salon de Provence, Philippe Abrams (Kad Merad) est muté pour faute (disons plutôt "magouille") professionnelle à Bergues, dans le Nord-Pas-de-Calais. C'est la mort dans l'âme qu'il part vers cette région, région dont on lui a dit tant de mal dans le sud. Mais bien vite, le terrible pays des "chetimis" va se révéler particulièrement agréable à Abrams, qui s'y plaira vite. Seule ombre au tableau : faisant croire à sa femme que le Nord est aussi horrible que décrit dans les divers clichés, il s'enfonce dans un confortable mensonge qui se retournera contre lui quand celle-ci décidera de venir vivre avec lui dans le Nord ...

Nous avons ici affaire à un film qui ne laisse pas le spectateur s'ennuyer une seule fois. Particulièrement appliqué à rendre honneur à sa région natale, Dany Boon (à la fois scénariste et acteur dans le rôle d'Antoine, le facteur) expose ses particularités sur un mode comique / touristique : baraques à frite, alcool locaux,  beffrois et maisons à briques rouges se succèdent, omniprésents dans le film. Egalement, il joue beaucoup sur les différents clichés, en particulier dans la scène ou Michel Galabru dans un rôle de "sage qui sait tout" donne une vision proprement apocalyptique du Nord, pays de miséreux nommé "chetimis" où la température descend dans les - 40°C en hiver (sic). Ce décalage clichés / réalité est présent tout le long du film, et donne notamment lieu à une scène hilarante quand la femme d'Abrams vient lui rendre visite dans un Bergues ... original.

Très présent lui aussi, le patois du Nord, mélange de français et de picard dans sa version chtimi. La totalité des personnages du Nord en ont l'accent typique dans ce film. L'on pourra certes arguer que ce n'est pas le cas dans la réalité, l'accent étant dans les faits plus discret et les mots locaux moins utilisés. L'on pourra arguer également que Bergues se situe en zone flamingante et non picardisante. Toutefois Dany Boon n'a jamais eu l'ambition de faire un reportage "ethnologique" sur le Nord-Pas-de-Calais mais bien un film comique. Ce genre de critique n'a donc aucun intérêt. De plus considérer Bergues comme zone uniquement flamande revient à négliger l'importance des mouvements de population ayant eu lieu à l'intérieur du département.

Il n'empêche que les accents sont assez forcés, mais le tout passe bien et donne lieu à des scènes savoureuses ("j'vos appelle pi j'vos dit quoi "). L'on a bien affaire au patois et non au dialecte, ne serait-ce que pour des raisons d'ergonomie - le picard aurait été difficile à comprendre - quoique la scène du vieil homme à la poste montre une personnage s'exprimant quasiment dans la langue picarde, face à un Philippe Abrams ébérlué. Le seul bémol serait peut-être Line Renaud qui, bien qu'elle soit née dans le Nord, parle dans le film un patois qui ne ressemble pas à grand-chose et au verbes conjugués n'importe-comment ("vos avos", le bon terme serait plutôt du type "vos avez", tout simplement).

Ce film fait donc à mon sens un bel hommage au Nord-Pas-de-Calais, but parfaitement réussi de Dany Boon. Le film nous montre de nombreux éléments de la culture locale (le beffroi et son carillonneur) dans une ambiance véritablement agréable, et contribue grandement à réhabilité une région qui souffre souvent d'une image assez négative. On est loin ici du Nord bien plus gris présenté dans un autre très bon film comique, La Vie est un long fleuve tranquille.

In bref, i faut nin hésiter à aler vir chte film. Ch'est un mélanche granmint biau ed'comédie pi d'hommache à not'biau pouayis où qu'i drache nin tant toudi, ou ch'climat l'est nin si fro pi où qu'ch'est gins i sont fin gintis. Si os êtes dech'Nord ou dech' Picardie, os serez charmés. Mi j'éto fin contint après l'séanche.

Si vous n'avez pas compris ... et bien apprenez ! Adé !
par Xuihtecuhtli publié dans : cinéma
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Lundi 10 mars 2008
18399773.jpgSi ce blog a certes été créé pour parler de livres, je pense que certains films qui m'on particulièrement marqué se doivent d'y figurer. La Chute fait partie de ceux-là.

Réalisé par Oliver Hierschbiegle et sorti en janvier 2005, cette oeuvre nous conte les derniers instants d'Adolf Hitler et de ses proches collaborateurs dans une ville de Berlin encerclée par les russes au début 1945. En sa plus grande partie, le film est surtout vu à travers les yeux de la secrétaire du dictateur, Traudl Junge, mais aussi pour les scènes se déroulant à l'intérieur de la ville de Berlin d'un jeune garçon embarqué dans la défense de la ville.

L'on a ici affaire à un film lourd et terrifiant. En premier lieu, la majorité des scènes se déroulent dans le bunker du dictateur. Ce lieu froid à la lumière artificielle vacillant au grè des bombes en est grandement responsable. S'y ajoute la colère et la nervosité ambiante, chaque personnage sentant sa fin arriver nous communique ses sentiments. L'on a clairement l'impression d'être à l'intérieur même du bunker. Quand on en sors, c'est pour voir une ville de Berlin livrée au chaos dans un décor apocalyptique, peuplé d'habitants cherchant à sauver leur peau et de fanatiques jusqu'au-boutistes.

Ce fanatisme justement est l'un des éléments les plus terribles du film. L'attitude d'enfants voulant lutter jusqu'à la mort pour leur régime en dit long sur l'efficacité des jeunesses hitlériennes. Pire encore, les offficiers tombant comme des mouches suite au suicide de Hitler, mais surtout, et c'est notamment le cas pour Goebbels, emportant en leur mort leur femme et leurs enfants. La scène où Magda Goebbels empoisonne ses enfants pendant leur sommeil pour leur faire échapper à "un monde sans national-socialisme" est à mon avis l'une de celle faisant le plus froid dans le dos. L'on voit jusqu'à quel point peuvent aller un fanatisme et un nationalisme exacerbés.

Egalement, l'on est totalement dérouté par le comportement d'un Hitler (magistralement interprété par Bruno Gantz), qui confine à l'optimisme absurde au début du film pour tourner à un désespoir paranoïaque dans ses derniers instants. Dans le même ordre d'idées, le comportement de sa compagne Eva Braun montre un apparent détachement total des réalités, la seule chose l'intéressant étant d'être avec son compagnon. Si dans la plupart des films sur cette période Hitler est présenté comme lointain et froid, l'on entre ici dans son intimité, au milieu d'une espèce de folie malsaine. En bref, un film qui est une véritable réussite, qui a le don de mettre le spectateur mal à l'aise comme peu y réussissent.
par Xuihtecuhtli publié dans : cinéma
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Jeudi 28 février 2008
Chalmers-8bis-2.jpgJe tiens aujourd'hui à attirer votre attention sur cet article de Claudine Chalmers, portant sur un aspect de l'histoire de la Californie malheureusement trop peu connu en France : l'importance de la présence française dans son histoire.

L'on y apprend en effet que la première reconnaissance des côtes de cette ancien territoire mexicain fut effectuée par un Français, le célèbre navigateur Lapérouse (1786). Tout cela à une époque où la Californie n'était encore peuplée que d'indiens et de padres franciscains. L'article fait également la part belle aux explorateurs, trappeurs (le plus célèbre étant Michel Laframboise, originaire de l'Orégon) et premiers colons français qui arpentèrent la Californie durant la première moitié du XIXe siècle. Un certain Jean-Louis Vignes, Bordelais, y fit notamment sa fortune avec des plantations de ... vignes.

Le coeur de l'articile concerne surtout la ruée vers l'or (1848 - 1854) ; c'est en effet durant cette période que commencèrent à s'installer en masse des colons de toute nationalité, les Français n'étant pas à la traîne. Subissant un long voyage de six mois en cap-hornier (le nom même du navire en dit long sur le trajet), ces derniers rejoignent les nombreux chercheurs d'or dans les mines. Surnommés par les locaux les keskydeez - la majorité des Français ne comprenant pas l'anglais, leur réaction était la plupart du temps de demander "qu'est-ce qu'il dit ?" - les colons s'installaient dans ce que l'on appellait les frenchtowns, où "la langue française [retentissait] du matin au soir" (Alexandre Holinski, à propos de la rue Kearny à San Francisco). Ils étaient plusieurs milliers.

Solidement implantés, ces colons et leur descendants réussirent pour une partie d'entre eux à faire fortune dans un Etat qui avait bien changé en un demi-siècle (Los Angeles atteint 350 000 habitants au début du XXe siècle, soit autant que Bordeaux à la même époque). La ville espagnole est devenue une ville américaine où les Français ont leur place dans le vignoble mais aussi dans l'art. Ainsi des noms comme Henri Roullier, Jules François-Pagès ou encore Léon Trousset s'illustrent dans la peinture dite "bohémienne", allant pour certains se former à Paris. Ces colons n'ont en effet pas oublié leurs origines, faisant preuve d'un patriotisme exacerbé pendant la période de la guerre franco-allemande ou fêtant régulièrement le 14 juillet les années suivantes.

La fin de l'article insiste notamment sur les nombreuses traces laissées par ces Français, dans la toponymie ou dans les noms de famille.  Il s'agit d'un aspect de l'histoire de notre population qu'il serait à mon humble avis idiot d'oublier ou de négliger, tant elle nous montre que nous avons des liens étroits avec le nouveau continent.
par Xuihtecuhtli publié dans : histoire
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Vendredi 22 février 2008
viequotid.jpgAprès plusieurs mois sans poster d'articles, pour diverses raisons notamment liées aux études, j'ai décidé comme vous pouvez le constater de reprendre ce blog. Commençons donc avec un article concernant un classique français sur l'Amérique précolombienne, Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole.

L'auteur

Homme politique gaulliste, résistant et académicien, Jacques Soustelle (1912 - 1990) est surtout connu comme spécialiste des civilisations autochtones d'Amérique. Il est à l'origine de nombreuses oeuvres, en particuliers sur les Aztèques. Le livre étudié dans cette article, paru pour la première fois en 1955, est probablement le plus célèbre.

Une dualité essentielle


L'ouvrage débute par une rapide chronologie de l'Anahuac, pays des Aztèques. Cette histoire a son importance, car la dualité entre Toltèques sédentaires et Chichimèques - dont font partie les Aztèques - nomades sont indispensables pour comprendre la civilisation du Mexique ancien. En effet, à la lecture des différents chapitres du livre, s'attardant chacun sur un aspect de la vie et de la culture aztèques, l'on comprend que l'on a affaire à un peuple de "barbares civilisés". Nous est présenté l'univers d'un peuple peu policé venu du Nord, qui est devenu en deux siècles (Tenochtitlan fut fondée en 1325) le plus puissant de sa région. C'est un monde guerrier qui nous est présenté, mais où la poésie et le raffinement (goût des fleurs notamment) sont partout présent. C'est aussi un monde, certes dominé par un Empereur tout puissant, mais régis par des lois que chacun doit respecter, riche ou pauvre. Surtout, c'est un monde où la religion est omniprésente.

Une religion omniprésente

Cette dernière est elle-même au coeur de cette dualité. Ainsi au sein de la capitale de l'empire, Tenochtitlan-Mexico (dominant une alliance de trois cités avec Texcoco et Tlacopan), le grand temple - construit de 1483 à 1487 à l'initiative de l'empereur Tizoc - est dédié à deux divinités : Huitzilopochtli, dieu de la guerre protecteur et meneur de la tribu aztèque (dieu astral), et Tlaloc, divinité de la pluie adorée sur le plateau mexicain (dieu terrestre). Cette dualité entre les dieux astraux amenés par les Chichimèques et les dieux  terrestres adorés par les Toltèques est saillante : les premiers sont liés à la guerre et aux sacrifices humains nécessaires pour que le monde continue d'exister (les deux étant réunis dans la xochiyaoyotl, "guerre fleurie" ayant pour but la prise de prisonniers), et les seconds à la sagesse (ainsi de Quetzalcoatl, dieu des prêtres, par ailleurs chassé vers l'orient par un dieu astral, le miroir fumant Tezcatlipoca, dieu des sorciers) et à l'agriculture (dieux du maïs). Le calendrier aztèque étant jalonné de nombreuses fêtes et cérémonies, le rappel de la présence des nombreux dieux de ce peuple est constante dans la vie des Aztèques.

Vie et hiérarchie sociale chez les Aztèques

Comme l'indique le titre de l'ouvrage, c'est sur ce dernier aspect qu'insiste fortement Jacques Soustelle, avec des chapitres aux titres évocateur tel que "la journée d'un mexicain". La plupart des éléments sont décrits : travail (avec des travaux publics obligatoires), nourriture (l'atolli, bouillie de maïs des pauvres, et l'octli, jus d'agave des plus riches), habillement (du pagne aux ornements réservés à ceux qui en ont eu le mérite), tout cela dans une hierarchie sociale forte. L'on distingue ainsi les esclaves (tlatlacotin), les hommes du peuple (maceualtin),  les artisans (tolteca), les nobles (tecuhtli, non héréditaires) et les marchands (pochteca). A noter que l'esclavage est assez souple ; l'on ne reste pas esclave toute sa vie, et on peut le devenir pour rembourser des dettes. Autre éléments, les classes sociales sont perméables : le guerrier faisant ses preuves en capturant des prisonniers à la guerre peut facilement évoluer socialement, quelque soit son origine. Les pochteca restent la seule classe à part, marchand-espions ne montrant pas leur richesse. Toutefois Jacques Soustelle met l'accent sur une évolution de la société aztèque à la fin du XVe siècle qui aurait pu aboutir à la constitution d'une véritable noblesse héréditaire (avec les pilli, fils de tecuhtli), doublée d'une importance croissant des pochteca ; mais l'arrivée des Espagnols mit un point d'arrêt à ce processus ...

Conclusion

Un livre qui est un grand classique et qui est donc indispensable pour comprendre la culture des habitants de l'Anahuac. Toutefois la lecture de l'ouvrage paru chez PUF, du même auteur, serait préférable pour débuter dans l'étude de cette civilisation. En effet ce dernier contient des éléments historiques qui sont mis de coté dans Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole.
par Xuihtecuhtli publié dans : histoire
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Lundi 30 juillet 2007
N'étant pas un grand amateur de Victor Hugo, j'avais quelques apréhensions en commençant ce livre. Apréhension qui se sont vites envolées et ont fait place à du plaisir, pour les raisons qui vont vous être exposées ici.

L'auteur

On ne le présente plus. Sûrement l'un des plus grands écrivains français, Victor Hugo (1802 - 1885) fut un auteur des plus prolifiques : romans (Notre-Dame de Paris, Les Misérables), pièces de théatre (Ruy Blas) et poèmes, avec Les Châtiments  où il fustige notamment un Second Empire qui l'a contraint à l'exil. C'est durant cet exil que fut écrit L'Homme qui Rit. Cela se ressent d'ailleurs dans la description du personnage de Lord Clancharlie père, exilé lui aussi.

L'oeuvre

Une première chose qui marque dans L'Homme qui Rit est que cet ouvrage tient plus du roman d'aventure que les autres oeuvres de l'auteur. L'action y est très présente, avec notamment l'épisode du naufrage au début. L'histoire y est racontée de manière très prenante, et Victor Hugo réussit sans problème à tenir son lecteur en haleine. Les longues descriptions propres à l'auteur passent ici très bien (à titre personnel, j'avais eu plus de mal à les supporter dans Les Misérables, mais cela dépend de la sensibilité de chacun). Elles nous donnent d'ailleurs la majeure partie du temps de nombreux détails sur l'Angleterre du XVIIIe siècle.

En quelques mots, ce récit nous raconte la vie de Gwynplaine, enfant abandonné à 10 ans sur une presqu'île du sud de l'Angleterre. Ceux qui l'ont abandonné : des brigands qui l'ont mutilé au visage, y laissant un abominable sourire figé. Au fil de l'histoire nous le voyont recueilli par un vieillard misanthrope, Ursus, son loup, Homo, et Dea, une orpheline aveugle. Nous est décrite la vie de saltimbanques de ces personnages, jusqu'à un événement inattendu qui bouleversera la vie de Gwynplaine. Je vous laisse découvrir la suite par vous-même.

L'ambiance générale du roman est assez sombre. Mort et misère sont présentes dès les premières pages, avec notamment l'excellent passage où Gwynplaine tombe face à face avec un pendu. Ce qui frappe est également le rapprochement constant joie/laideur qui est présent tout au long du récit. L'affreux sourire du héros en est bien évidemment symbolique, mais aussi l'opposition entre ce sourire et ses pensées, l'expression de ses sentiments étant gâchée par ce rictus (l'un des passages de la fin du livre est assez parlant pour cela). Ce rapprochement se retrouve aussi dans la description de la société des Lords anglais, splendide en apparence, mais malsaine et pourrie derrière ses merveilles.

Conclusion

De tout ce que j'ai pu lire de Victor Hugo, cet ouvrage est clairement mon préféré. Prenant, sombre, et bourré de détails historiques, il se révelera excellent pour quiconque se sent capable de supporter les longues descriptions et le style assez soutenu de l'auteur.
par Xuihtecuhtli publié dans : romans
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