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Présentation

Lundi 30 juillet 2007
Contrairement à ce que pourrait nous faire penser son titre, cet ouvrage de Matei Cazacu n'est pas une réécriture du roman de Bram Stoker, et encore moins une histoire de vampires (bien que ceux-ci soient très présents au fil des pages). Il s'agit en effet d'une biographie de Vlad III Dracula, en tant que personnage historique, prince valaque du XVe siècle.

L'auteur

Historien roumain, Matei Cazacu s'est depuis sa thèse de maîtrise intéressé au fameux "fils du dragon". Il y a en effet consacré une grande partie de ses travaux, dont cette biographie est manifestement l'un des aboutissements. Tout cela nous est exposé dans l'avant-propos de son ouvrage, où il est question de ses travaux avec d'autres spécialistes du personnage, depuis les années 1960.

Structure de l'ouvrage

Ce livre a cela d'intéressant qu'il ne s'arrête pas uniquement à l'aspect biographie, même si celle-ci est centrale. L'on y trouve en effet la vie des ancêtres de Vlad Dracula, racontée de manière assez détaillée. Egalement, les derniers chapitres se penchent surtout sur le vampire dans la mentalité roumaine. En annexe, le lecteur trouvera une nouvelle de Marie Nizet, Le Capitaine Vampire, et plusieurs textes sur le prince valaque. Mais concentrons-nous surtout sur la biographie.

Contenu

Matei Cazacu réussit sans encombres à nous raconter de façon agréable la vie du souverain valaque, depuis son enfance à sa mort encore assez floue, en passant par ses trois règnes (1448, 1456-1462 et 1476). Le tout est décrit de manière très détaillée, faisant très souvent appel à des citations d'ouvrages d'époque. Parmi eux se trouvent nombre de pamphlets (qui ont fleuri sur le sujet), mais aussi des extraits d'historiens, notamment du grec Laonikos Chalkokondyles.

L'intérêt de la vie de Vlad Dracula vient notamment du fait que ses règnes sont très liés aux événements hongrois et turcs. Cela vient notamment du fait que la Valachie, au sud de l'actuelle Roumanie, faisait à l'époque figure d'état-tampon entre les deux puissances. La principauté est en effet à la fois vassale de la Hongrie et est assujetie au tribu envers les Ottomans. Au milieu de tout cela, Vlad Dracula a passé la majeure partie de sa vie à combattre les Turcs de Mehmet II, tout en gardant un oeil vers un Mathias Corvin souvent méfiant envers lui. Cette importance des affaires extérieures en Valachie se traduit dans l'ouvrage par de longs passages sur les histoires nationales hongroise et ottomane.

Ce qui concerne les affaires intérieures est bien sûr consacré à ce qui fit la célébrité de Dracula dès son second règne : sa grande cruauté. De très nombreuses pages sont consacrées aux anecdotes sur ce sujet, telles les forêts d'individus empalés (qui lui a valu le surnom roumain de "Tepes", l'empaleur) et autres supplices (Tziganes bouillis et mendiants brûlés). Loin de se contenter de nous exposer ces cruautés, Matei Cazacu nous invite à une véritable réflexion sur le sujet : les pamphlets n'aurait-ils pas volontairement gonflé ces cruautés ? ils nous expose la théorie d'un historien qui démontre que Dracula n'aurait fait que respecter des lois cruelles, mais déjà en place à son arrivée. Egalement, l'on apprend que grâce à l'ouvrage d'un certain Théodore Kuritsyne, Vlad Dracula aurait fait figure de prince modèle en Russie. Ivan le Terrible se serait inspiré de lui.

Enfin, les derniers chapitres sont consacré au vampire, et à sa place dans l'imaginaire roumain. On y découvre qu'il y est très présent, les paysans allant jusqu'à déterrer et couper en morceaux des cadavres suspectés de vampirisme, avec quelques cas encore à une époque assez récente (années 1950). Le lien avec l'Eglise orthodoxe, qui l'a soit utilisé soit combattu, y est amplement discuté. Les gens excommuniés étaient en effet suspects de devenir vârcolac (vampires) après leur mort. Tout cela s'enchaîne ensuite avec un chapitre sur Bram Stoker, ce qui a amené l'évolution du Dracula historique au vampire bien connu. A noté également la présence d'un chapitre "Dracula est-il un vampire ?" inutile mais plaisant. Les nombreuses annexes ne font que compléter un ouvrage déjà exhaustif.

Conclusion

Dracula est donc un livre que je conseillerais vivement à plusieurs publics : amateurs du vampire, de l'histoire ottomane, des mythes roumains et bien sûr de l'histoire de ce même pays, représentée en France par trop peu d'ouvrages. Bien écrit, complet et varié, le lecteur en ressort le sourire aux lèvres.
par Xuihtecuhtli publié dans : biographies
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Mardi 10 avril 2007
Immonde et dur. Je n'utilise pas ici ces adjectifs pour caractériser le livre, mais bien ce qui y est décrit. Le témoignage de Primo Levi sur la vie à Auschwitz est en effet quelque-chose de particulièrement dérangeant, à la fois dans son détail et dans la vision des choses exposées, comparant un grand nombre de fois la bête et l'homme. C'est un véritable processus de déchéance qui nous est exposé ici, par quelqu'un qui était pour ainsi dire aux premières loges.

L'auteur

Primo Levi a en effet connu les camps. Il s'estime même chanceux de n'y être arrivé qu'en 1944, et d'y avoir survécu. Italien, chimiste de formation, il raconte rapidement au début de l'ouvrage les événements qui l'ont amené à Auschwitz : Juif et dissident face à la république fasciste de Salo, une patrouille allemande réussit à le capturer dans les montagnes. Le reste s'enchaîne rapidement. Une véritable spirale de l'horreur.

La vie dans le camp

Car c'est un monde de faim, de froid et de brutalité que nous présente Primo Levi. Il nous décrit des hommes entassés comme des bêtes et prêts à tout pour trouver de quoi manger. Il nous décrit également des Allemands et kapos brutaux, dans un monde complétement absurde rythmé par les sélections pour les chambres à gaz, le travail à longueur de journée (les prisonniers travaillent du lever au coucher du soleil, le travail de nuit pouvant favoriser d'éventuelles évasions) et les rations ridiculement petites de soupe.

Primo Levi nous montre également extrêmement bien l'organisation absurde du Lager (camp), qui dispose d'une infirmerie où il faut faire des queues sans fin pour se faire accepter ou soigner (au grand dam des dycentriques), ou encore où des prisonniers de droit commun, stupides et brutaux mais "aryens", sont mis à la tête de kommandos de travail composés de gens qualifiés mais "inférieurs". L'auteur nous décrit également la véritable tour de babel qu'est le lager, composé d'individus venus de toute l'Europe bien malgré eux. On a l'impression d'une nuée grouillante, d'une nuée bestiale.

Une organisation vitale

Car, et le titre est là pour nous le montrer, le lager enlève toute humanité à ses prisonniers. Ceux-ci perdent d'ailleurs jusqu'à leur nom, désignés par un numéro. L'égoïsme et l'instinct de survie reprends vite le dessus; ceux qui ne s'adaptent pas meurent vite. Tout ce qui est laissé sans surveillance sera volé, d'où l'utilité d'emporter son maigre bardas partout avec soi, même aux douches (qui sont obligatoires tous les jours, mais bien évidemment à l'eau froide et sans savon). On n'hésite pas à voler le pain du voisin. La faim contrôle tout.

Mais égalemement, l'auteur nous montre l'organisation méthodique des prisonniers qui réussissent à "survivre" : savoir om se mettre dans la queue à la soupe pour avoir les parties les moins liquides, trafiquer avec les prisonniers civils (captifs anglais, français du STO, prisonniers de droit commun, etc.) pour avoir du pain. Une véritable macro-économie se développe dans le camp : une cuillère vaut par exemple un certain nombre de morceaux de pain, ainsi que d'ailleurs tout ce que l'on peut voler sur le lieu de travail ou dans le block. C'est grâce à cette organisation que Primo Levi et ses compagnons d'infortune, au nombre extrêmement réduit, ont pu survivre jusqu'au bout, dans un camp abandonné par les Allemands peu avant l'arrivée des Russes.

Conclusion

Un livre à lire, assurément. Sûrement le meilleur témoignage qui soit sur le sujet. La vie dans le lager nous y est montrée dans des détails parmi les plus durs, mais à l'intérêt historique certain. Un livre prenant qui nous rappelle que finalement, notre vie est un paradis par rapport à ce qu'ont pu subir d'autres personnes;
par Xuihtecuhtli publié dans : biographies
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Mercredi 4 avril 2007
Voilà un petit livre bien sympathique et abondamment illustré de la collection Découvertes Gallimard, traitant comme l'indique son titre de Gengis Khan, et surtout de l' immense mais au final éphémère empire que ce dernier a mis en place

L'auteur

Cet ouvrage a été écrit par Jean-Paul Roux, historien orientaliste assez prolifique, notamment sur le thème des nomades d'Asie centrale. Il leur consacra notamment plusieurs livres. Il est également l'auteur d'une excellente Histoire de l'Iran et des Iraniens dont il sera probablement question un jour sur ce blog.

Contenu

L'auteur commence son ouvrage avec une courte biographie de Gengis Khan (un chapitre), où est également décrite la vie des Mongols de l'Antiquité jusqu'au Moyen-Âge. L'essentiel nous est donné : l'origine de Temüdjin (futur Gengis Khan), et la façon dont il accéda au trône d'empereur des Mongols de par ses qualités guerrières, soumettant la quasi-totalité de l'Asie Centrale jusqu'à sa mort en 1227. Puis, les chapitres suivants s'attardent sur ses descendants, conquérant de la Chine, de la Russie, du Nord de l'Inde et de l'Iran, bâtissant ainsi quatre grands empires :
- Djaghataï (Asie Centrale), auquel succédera vers l'Inde l'Empire Timouride.
- Yuan (Chine), expulsés en 1369.
- Horde d'Or (Russie), chassée par les Russes de 1380 à 1920.
- Ilkhans (Iran), disparus en 1336.
Le dernier chapitre est consacré à ces quatre empires, de leur genèse à leur chute, en passant par leur apogée. Mais l'histoire linéaire n'est pas le seul objet du livre.

En effet entre les chapitres événementiels se trouvent également des chapitres culturels, où est expliquée la culture mongole (yourtes, importance du cheval, ongons (sortes de fétiches), etc.), ainsi que la vie dans l'Empire. L'auteur insiste notamment sur le grand cosmopolitisme qui règne dans les Etats de successeurs de Gengis Khan : on y trouve notamment chez les Yuan une administration composées d'Iraniens, Turcs ou Arméniens plutôt que de Chinois. Egalement, un voyageur comme Guillaume de Rubrouck (XIIIe siècle) retrouve en pleine Asie Centrale des Français capturés par les Mongols en Croatie, ou encore des Allemands et Hongrois.

Le chapitre sur l'art est particulièrement intéressant de par le fait que Jean-Paul Roux nous montre, illustrations à l'appui, les similitudes entre art iranien et art chinois, dûes aux échanges qui ont eu lieu sous la domination mongole. Cela se voit particulièrement bien au niveau de la porcelaine de type blanc/bleu, que l'on retrouve dans les deux pays et qui fut à la mode en Chine jusqu'au XVIIIe siècle. Le même type de comparaison est montrée avec l'art du dessin. Ainsi les arbres chinois, de type "torturés" avec de nombreuses branches tordues et ramifications, se retrouvent dans de nombreuses miniatures persanes.

Enfin, l'ouvrage dispose d'un appendice, comme toujours dans cette collection, comprenant de nombreux textes. Il s'agit surtout ici de texte de Rubrouck, Plan-Carpin et Marco Polo  montrant la vision occidentale sur l'Empire Mongol. S'y trouvent également quelques extraits de textes orientaux.

Conclusion

Un livre succinct mais bien écrit et intéressant. Le seul risque est en fait de se perdre dans l'avalanche de noms propres qui est donné au lecteur. Sinon les illustrations sont nombreuses et collent bien au texte. Un livre à lire pour qui voudrait découvrir un empire assez mal connu en Europe.
par Xuihtecuhtli publié dans : histoire
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Samedi 31 mars 2007
Voilà un livre qui m'a posé pas mal de difficultés. Je l'ai surtout lu par curiosité, attiré par le titre. Je ne connais en effet absolument rien à la sociologie. Ce qui est raconté ici est donc ce que j'en ai retenu en tant que parfait néophyte.

L'auteur

Il s'agit de Norbert Elias, sociologue allemand (1897-1990), célèbre pour ses études sur l'évolution de la société occidentale, avec des ouvrages tels que La Société de Cour ou La Dynamique de l'Occident.

Introduction

L'ouvrage commence par une introduction où Norbert Elias nous explique le point de vue particulier que doit avoir l'homme vis-à-vis de la la société pour comprendre la sociologie : Il doit se voir, en tant qu'individu, comme faisant partie de cette société. Ainsi pour l'auteur, une phrase comme "l'homme et la société" est absurde car elle sépare deux éléments pourant imbriqués l'un dans l'autre.

La thèse d'Auguste Comte

Une fois cette introduction passée, le lecteur arrive au chapitre un face à une explication de la thèse du philosophe positiviste Auguste Comte (1798-1857), inventeur notamment du terme "sociologie". Il s'agit de la fameuse thèse des trois états, par lesquels passe la société humaine :
- l'état théologique, où l'homme cherche à expliquer la nature par des concepts surnaturels et divins figés.
- l'état métaphysique, où l'explication est cette fois-ci confiée à des abstraction, comme par exemple la "raison".
- l'état positiviste ou scientifique, où l'on recourt à l'expérimentation pour comprendre la nature.
La sociologie, qui étudie la société à l'aide de méthodes scientifiques, se situe donc dans ce dernier état.

Modèles de jeux

Vient ensuite le centre de l'ouvrage, où Elias expose sa théorie principale : la société est basée sur les interdépendances entre les individus. Chaque individu dépend d'autres individus qui dépendent de lui ; ainsi même un esclave excerce un certain pouvoir sur son maître car il fournit un travail pour lui. Toutes les relations de pouvoir sont donc à double sens. Cela s'inscrit également dans une logique historique : au fil du temps les activités se spécialisent, l'on devient de moins en moins autonome : ainsi depuis la nuit des temps on émergé des classes dirigeantes, qui se sont encore complexifiée avec l'apparition de la démocratie, qui provoque une interdépendance accrue avec le peuple. Ce même peuple s'est lui-même spécialisé : le temps du paysan autonome qui ne vivait que de sa terre et construisait tout lui-même s'éloigne ainsi de plus en plus. D'où toujours un renforcement de l'interdépendance entre individus, chacun spécialisé différemment. L'auteur explique tout cela avec des "jeux", qui servent d'exemples.

Les chapitres suivants introduisent quant à eux des notions brodées à partir des théories de Comte et d'Elias. L'une des plus intéressantes, à mes yeux, est notamment celle concernant les pronoms personnels, universels à toutes les langues (comprenons par là leur principe).

Conclusion

Un livre que j'ai donc eu du mal à comprendre par moment, connaissant mal la discipline dont il est question. Mais avec son chapitre sur les jeux, Norbert Elias nous fait comprendre sa théorie de l'interdépendance d'une façon simple et imagée. C'est sûrement cela que je retiens le plus dans cet ouvrage.
par Xuihtecuhtli publié dans : sociologie / anthropologie
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Dimanche 25 mars 2007
Retour chez les Aztèques avec une référence du genre, qui est le "Que sais-je" sur le sujet. Comme d'habitude dans cette collection, nous avons affaire à une livre concis et agréable à lire.

L'auteur

L'auteur, Jacques Soustelle, est l'un des spécialistes français les plus réputés sur le sujet. Il est connu notamment pour des ouvrages tels que "La Vie quotidienne des Aztèques à la veille de la conquête espagnole" ou encore "L'Univers des Aztèques".

Contenu et critique

"Les Aztèques" offre tout un panorama de la civilisation concernée : histoire, culture, organisation, art. Le tout en environ 120 pages, ce qui laisse deviner que ces différents aspects sont souvent survolés et résumés (et qui laisse d'ailleurs comprendre pourquoi la présente critique est plus courte que ses congénères). Toutefois cela n'est pas un défaut, il s'agit en effet d'une constante chez les Que sais-je. D'ailleurs cela est tout à leur avantage : "Les Aztèques" se lit très vite, se relit très vite et donne au lecteur les bases pour connaître cette grande civilisation. Le seul défaut notable serait peut-être un manque de cartes plus précises (en tout cas pour celle du Mexique, le livre faisant référence à certains lieux qui n'y sont pas indiqués), mais il contient un nombre assez important d'illustration pour un livre de cette collection.

Conclusion

"Les Aztèques" est donc le livre idéal pour s'initier à la connaissance de la civilisation du même nom. S'il n'y a aucun prérequis pour le lire, cet ouvrage une fois sa lecture faite permet de mieux comprendre les autres livres plus précis sur le sujet, puisqu'il donne les bases essentielles.
par Xuihtecuhtli publié dans : histoire
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