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Présentation

Vendredi 2 mai 2008
Penchons-nous du coté de l'Amazonie avec un livre d'anthropologie politique assez célèbre, au titre évocateur.

L'auteur

Ethnologue français, d'opinion anarchiste, Pierre Clastres (1934 - 1977) a fait plusieurs séjours chez les peuples Guayaki (Paraguay), Yanomani (Nord de l'Amazonie) et  Guarani du Paraguay.  Il a écrit un grand nombre d'ouvrages sur le sujet, dont fait partie La société contre l'Etat (1974).

La question du pouvoir

Pierre Clastres commence l'ouvrage (composé de plusieurs articles parus dans diverses revues) par une définition des sociétés archaïques. Ces dernières se caractérisent par l'absence d'écriture, et une économie de subsistance (on consomme ce dont on a besoin, sans faire de réserves). En matière de pouvoir, celles-ci ne connaîtraient pas la politique au sens occidental du terme. En fait le pouvoir d'un homme ou d'un groupe sur un autre serait totalement absent selon la plupart des ethnologues (dont J. W. Lapierre, auteur d'un Essai sur le Fondement du Pouvoir politique, que Pierre Clastres prend comme référence).

Or pour Pierre Clastres, il y a bien pouvoir, mais non-coercitif, alors qu'il est coercitif en occident. En témoignent les quatre aspects du chef dans les tribus amérindiennes :
- rôle d'arbitre
- rôle de donateur (le chef donne à ses compatriotes selon leurs besoins, et certains objets - arcs par exemple - ne sont fabriqués que par ce dernier)
- rôle d'orateur (harangues régulières ; le chef est "celui qui parle")
- polygyne exclusif (sauf dans certains peuples comme les Chibchas ou les Shuars, où la polygynie est "démocratisée").
Ces rôles lui donnent surtout une place à part dans la société ; il est respecté et écouté, mais ne commande pas, sauf dans des cas particulier comme la guerre. Pour Pierre Clastres, les amérindiens ayant compris les dangers inclus par le pouvoir l'on mit hors de la société, à travers la personne du chef.

Cette même société fonctionne en maisons familiales, les maloca, réunissant parfois plusieurs centaines de personnes. Une tribu comporte de 1 à 10 maloca, selon sa taille totale. Le groupe Tupi-Guarani, que l'on retrouve sur toute la côte du Brésil (Tupis), et dans la région du fleuve Paraguay (Guarani) est à cet égard assez important puisque les Jésuites, arrivés dans la région en 1549, parlent de villages pouvant atteindre 10 000 âmes. Hans Staden parle quant à lui d'armées tupinambas de plusieurs milliers de guerriers. Les chiffres des chroniqueurs ont longtemps été considérés comme faux par les ethnologues, notamment Rosenblatt qui parle de 13 500 000 habitant seulement pour l'Amérique entière.

Pour Pierre Clastres, les chiffres de Rosenblatt sont faussés car son paradigme est mauvais : il considère que les amérindiens, hors Mexicains et Andins, sont tous nomades et fonctionnent ainsi par petits groupes à économie de subsistance. S'appuyant sur les écrits des chroniqueurs, Pierre Clastres réfute cela, expliquant que la quasi totalité des amérindiens du sud du continent étaient des agriculteurs sédentaires, à quelques exceptions près (Tehuelche et Puelche de la Terre de feu, ainsi que Guayaki, Siriono et Guahibe, anciens agriculteurs). Il en arrive, s'aidant de ces informations et de la méthode régressive de l'école de Berkeley, à 1,4 millions de Tupi et 1,5 millions de Guarani.

Rôles et figures

Dans un châpitre dénommé "l'arc et le panier", Pierre Clastres nous expose l'organisation de la société chez les indiens Guayaki (Aché), nomades. Hommes et femmes sont séparés en deux mondes, l'un symbolisé par l'arc, la jungle et un chant rituel nocturne et puissant, et l'autre par le panier, le campement et un chant diurne et triste. Certaines interactions entre les deux mondes peuvent amener le pané (malheur); ainsi, une femme ne peut toucher un arc. A noter que le chasseur aché ne peut manger les animaux qu'il a tué (ce qui inclut une
interdépendance entre membres de la tribu), et que les Guayaki sont polyandriques - il y a d'ailleurs deux fois d'hommes que de femmes dans les tribus aché - bien que cela semble déplaire aux hommes. Ces derniers s'en consolent dans leurs chants personnels qui exhortent leurs qualités de chasseur.

C'est en effet par la parole et le mythe que les amérindiens calment leurs peurs et frustrations. Ainsi des deux mythes chupi (Paraguay) cités par l'auteur, qui tournent en ridicule chamane et jaguar, deux figures très respectées et craintes, sur fond de voyage initiatique vers le soleil - que font les chamanes en groupe lorsqu'ils sont confrontés à un problème complexe - tourné en ridicule. La force sociale du chaman se ressent notamment chez les Mbya, membres du groupe Guarani, qui avaient une religion suffisamment complexe pour pouvoir l'opposer au christianisme des jésuites, qui voyaient leurs pa'i (chamanes) et karai (prophètes) comme d'efficaces serviteurs du démon. Tournant autour du panthéon guarani (Tuman, Namandu, Karai Ru, etc.), il y est question de terre promise loin à l'Est, Ywy mara-eÿ.

Des sociétés refusant l'Etat

Pierre Clastres amène son sujet final en évoquant les rites d'initiations des jeunes indiens, qui dans toute l'Amérique se caractérisent par une véritable torture. Ainsi l'exemple des Mandans des prairies, évoqué par George Catlin, ou encore celui des Mbyas lacérant le corps des jeunes initiés avec une pierre au tranchant émoussé. Le but est de laisser une marque indélébile sur le corps, la marque de la loi en sa forme primitive : tu n'es pas moins qu'un autre, tu n'es pas plus qu'un autre. Cette souffrance est supportée sans mot dire car l'on veut être l'égal des autres. Il s'agit d'un signe définitif d'appartenance à la tribu, qui n'a pas de pouvoir au-dessus d'elle. C'est pour l'auteur un refus de l'Etat, et de sa loi écrite émanant d'une entité supérieure. C'est le signe d'une société contre l'Etat.

Autre signe : la vision du travail. Chez les Guayaki comme chez les Yanomami, la quantité de travail pour une journée n'est que de deux ou trois heures. Le reste est dédié à l'oisiveté et à l'entraînement guerrier. La raison ? on produit pour soi-même ce dont on a besoin (mais il y a quand même présence de stocks, utilisés par exemple pour les fêtes, d'où l'inexactitude de l'expression "économie de subsistance"). La production de surplus pour une puissance supérieure, en l'occurence l'Etat, est inconnue, contrairement à ce qu'il se passait notamment dans l'empire inca. L'économie n'est donc pas politique. En fait, tout est mis en oeuvre pour éviter ce transfert, ainsi avec l'absence de pouvoir des chefs (voir plus haut). Les sociétés amazoniennes ne sont pas incapables de créer l'Etat, ils n'en veulent pas. Ainsi le processus d'étatisation ayant débuté chez les Tupi-Guarani au XVIe siècle, ayant atteint les limites démographiques de la société archaïque, a capoté non à cause des européens, mais à cause des chamanes eux-mêmes, avec l'appui de la population.

Conclusion

Un livre agréable et rapide à lire, bourré d'informations sur les sociétés archaïques. A lire pour avoir une vision claire des rapports de "pouvoir" et de l'organisation sociale au sain ces peuples.

par Xuihtecuhtli publié dans : sociologie / anthropologie
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Jeudi 10 avril 2008
"Meurs à temps" (Nietszche, Ainsi parlait Zarathoustra)

L'euthanasie revient d'actualité avec la récente histoire de Chantal Sébire, ce qui m'a poussé à me renseigner sur le sujet. j'ai choisi ce petit ouvrage, qui est un ensemble de textes du pasteur Alain Houziaux, du philosophe André Comte-Sponville, du médecin Axel Kahn et de la psychologue Marie de Hennezel. Ils ont été réunis lors d'un colloque sur l'euthanasie à l'Eglise réformée de l'Etoile.

Mourir dans la dignité ?

Ce premier article est écrit par Alain Houziaux. L'auteur nous y rappelle la définition de l'euthanasie selon le Comité Consultatif d'Ethique, qui le voit comme un "acte d'un tiers qui met délibérément fin à la vie d'une personne dans l'intention de mettre un terme à une situation jugée insupportable". Il sépare ensuite le fait de faire mourir, qui constitue pour lui une euthanasie, et laisser mourir en ne soignant pas, qui consiste plutôt à laisser faire la nature. Alain Houziaux arrive ensuite au coeur de son sujet, à savoir à quoi correspond la dignité dans ce contexte. Serait-ce le fait de choisir librement de mourir, de vouloir disposer de sa mort ? nous n'avons pas choisi de vivre, est-ce donc raisonnable de choisir de mourir ? De ce point de vue, la souffrance semblerait pour l'auteur une meilleure justification de l'euthanasie. L'acharnement thérapeutique paraît inutile et criminel face à une mort qui n'est plus que la seule issue. Il importerait ici de citer Jacques Ricot (Dignité et Euthanasie) : "lorsque la vie a fait son oeuvre et que la mort se profile inéluctablement, celle-ci n'est plus un mal absolu par rapport à la souffrance ".

Aimer la vie jusqu'au bout

Ce texte d'André Comte-Sponville définit l'euthanasie en faisant deux distinctions fondamentales : euthanasie active (la mort est délibérément provoquée) et passive (la mort intervient par arrêt des soins), et surtout entre euthanasie volontaire (la personne a choisi de mourir et l'a fait savoir) et involontaire (la personne est incapable de s'exprimer, c'est donc à un tiers de choisir par procuration). Le dernier élément est des plus délicats, à cause du risque d'abus mais aussi à cause du poids qui pèse sur les épaules de la personne chargée de choisir. Il faut à ce propos ne pas oublier que l'euthanasie a des implications différentes selon la personne : si pour le patient elle peut être une délivrance, elle est pour le médecin un homicide, par ailleurs puni par les articles 222-9 et 222-10 du Code Pénal.

André Comte-Sponville se prononce pour l'euthanasie, s'appuyant sur le suicide qu'il considère comme un droit, et sur le fait qu'il vaut mieux abréger une vie croupissant dans une souffrance sans fin. De plus, il y a une certaine acceptation sociale (80 % des Français sont favorables à l'euthanasie). Il donne notamment six arguments en faveur de son point de vue :

1) La loi interdisant l'euthanasie est régulièrement violée.
2) L'euthanasie est même assez répandue : 26 % des médecins - questionnaire anonyme - déclarent avoir utilisé l'euthanasie active, 50 % l'euthanasie passive.
3) Légaliser l'euthanasie en permettrait un véritable contrôle, loin du chaos actuel.
4) Nous disposons de notre vie.
5) Les soins palliatifs coûtent chers et sont inaccessibles aux plus pauvres (cliniques privées).
6) La responsabilité énorme qu'implique le choix de faire cesser une vie nécessite un soutien légal.

La liberté de mourir

L'intervention d'Axel Kahn commence par la mise en rapport entre euthanasie et liberté : Si choisir de mourir est une liberté n'entravant pas le libre-arbitre des tiers, il est important de préciser qu'elle met fin au propre libre-arbitre de la personne se donnant la mort. Il n'y a pas de retour en arrière, or certaines personnes regrettent leur décision avant de la mettre en pratique, et d'autres quand il est déjà trop tard. Ainsi de Jean-Dominique Bauby, auteur du livre Le Scaphandre et le Papillon, qui, sur le point de se faire euthanasier, renonça après avoir reçu une lettre de ses enfants expliquant qu'ils tenaient à lui.

En effet, seul le sentiment d'être aimé et utile peut retenir une personne de se donner volontairement la mort. A quoi bon continuer à vivre si l'avenir est sans espoir ? Selon Axel Kahn, amour et bon entourage empêchent cette impression. Il est toutefois important de préciser que la douleur joue un grand rôle également ; elle détruit tout et peut mener à ce désespoir. Le taux d'euthanasie, dans les pays où elle est autorisée, atteint 5 % dans des services très spécialisés prenant en charge le traitement de la douleur, et 20 % chez les personnes n'ayant pas accès à ces soins.

Reste enfin le problème final, celui de la loi. Comment doit-elle agir lorsque tout à été épuisé et que la personne ne demande plus qu'à mourir ? Axel Kahn, comme le Comité consultatif national d'éthique en 2000, dont il fiasait par ailleurs partie, plaide pour une exception d'euthanasie. Le jugement du fait accompli (suicide assisté) serait donc soumis à la casuistique, indispensable face à la complexité et à la singularité des différentes situations de ce type.

Permettre la mort

La contribution de Marie de Hennezel commence par un rappel du dispositif juridique concernant l'euthanasie : loi du 9 juin 1999 garantissant l'accès à tous aux soins palliatifs et loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades, rendant légitime le fait de demander la fin d'un acharnement thérapeutique. Elle plaide ensuite pour la mise en place d'une définition claire de l'euthanasie, qui selon elle ne recouvre que ce qu'André Comte-Sponville appelle l'euthanasie active. Cette clarification est nécessaire tant pour les patients que pour les médecins, souvents mis face à des dilemmes.

Son argumentation se rapproche ensuite de celle d'Axel Kahn, dans le sens où Marie de Hennezel demande que l'on accorde plus d'importance aux soins palliatifs (comme précisé dans son rapport ministériel de 2003, dénommé Fin de Vie et Accompagnement), mais aussi et surtout au dialogue. La demande de mourir est en effet souvent un signe, signe que la personne se sent inutile et diminuer et à besoin de parler pour sentir qu'elle compte encore. Ainsi, selon un psychiatre américain, le professeur Chochinov, 80 % des personnes ayant demandé l'euthanasie ont des douleurs mal soulagées et 60 % sont gravement déprimées.

Egalement, il y a insistance sur le dialogue pour permettre une mort plus tranquille. La personne ayant parlé à sa famille, leur ayant dit ce qu'il avait à dire, peut partir à l'aise. La mort se prépare. Cette argumentation peut faire penser aux théories de Philippe Ariès sur l'évolution de la vision de la mort, des époques médiévales et modernes où elle se prépare, à l'époque contemporaine où l'on meurt seul, où la mort est devenue taboue, avec tous les effets négatifs que cela comporte.

Conclusion

Cet ouvrage nous présente des avis divergents, même si l'idée dominante reste celle du Comité consultatif national d'éthique, avec l'exception d'euthanasie et la casuistique. Il est très bon pour se renseigner rapidement et de façon claire sur les enjeux du sujet.

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Nota bene : la loi du 22 avril 2005

Postérieure à la publicatrion du livre, la loi du 22 avril 2005, prise à l'initiative de l'actuel député-maire d'Antibes, Jean Leonetti, met en place plusieurs avancées concernant l'euthanasie. Celles-ci sont assez proches des idées avancées dans l'ouvrage chroniqué ci-dessus :

- La possibilité de suspendre les soins médicaux s'ils n'ont d'autres effets que le maintien artificiel de la vie.
- La possibilité pour le corps médical de proposer au patient d'arrêter les soins actifs.
- Principe du double effet : le médecin est autorisé à utiliser un traitement contre la douleur pouvant provoquer la mort du patient.
- Tout individu peut refuser tout traitement, mais peut exiger d'être soulagé de ses douleurs.
par Xuihtecuhtli publié dans : divers
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Mercredi 2 avril 2008
Après quelques films et commentaires d'articles, retour dans les ouvrages avec un livre complet et assez dense d'Alain Lombard, concernant la diplomatie culturelle française.

L'auteur

Ancien élève de l'ENA, Alain Lombard a occupé de nombreux postes de responsabilité dans le domaine des relations internationales en France comme à l'étranger. Il est à présent enseignant à Paris-Dauphine.

La diplomatie culturelle française dans le monde actuel


L'ouvrage s'ouvre sur deux chapitres montrant l'évolution des relations culturelles depuis l'Antiquité, et leur enjeux. Y est expliqué le fait que l'on est passé d'un monde fermé, composé de civilisations ayant peu de rapports et d'échanges culturels, à un monde où l'échange est permanent. Les technologies de l'époque contemporaine permettent ainsi aux différents produits culturels de circuler sur toute la planète. Toutefois force est de constater la prédominance américaine, les Etats-Unis disposant des moyens d'exporter une culture qui se révèle très populaire, et profitent en plus de la prédominance de l'anglais. Pour preuve, la part du cinéma américain dans chaque pays du monde oscille entre 50 et 90 % du marché. Cette omniprésence, effective pour les Etats-Unis, est l'un des buts de la diplomatie culturelle, visant à faire connaître une image positive du pays à l'étranger.

La diplomatie culturelle française s'insère dans ce modèle, mais dispose tout de même de fortes particularités. Tout d'abord, l'idée de "rayonnement culturel", avatar de l'ancienne monarchie. La France doit rayonner, doit montrer l'exemple de par sa culture étendue. S'ajoute à cela une forte implication de l'Etat et le déploiement d'importants moyens. Toutefois, cette vision a beaucoup évolué ces dernières décennies. La France veut à présent promouvoir la diversité des cultures, et le dialogue entre ces dernières. En témoigne notamment l'existence d'un ministère de la coopération, à présent fusionné avec le ministère des affaires étrangères.

Les structures concernées


C'est justement le ministère des affaires étrangères, et non celui de la culture, qui s'occupe de la diplomatie cutlurelle française de par la DGCID (Direction générale de la coopération internationale et du développement). Des services culturels sont ainsi compris dans les ambassades, dirigés par des attachés culturels. Leur rôle est d'organiser des manifestations de façon à promouvoir la culture française à l'étranger (comme, par exemple, l'année de la France au Japon qui fut un grand succès). Les manifestations de ce type à l'intérieur du territoire français - saisons culturelles étrangères - sont quant à elles confiées au ministère de la culture. Egalement, des associations comme l'AFAA ou les Alliances Françaises jouent un rôle du même type. Force est de constater que la France dispose d'un réseau culturel des plus étendus à l'étranger, avec notamment nombre d'établissements scolaires (gérés par l'AEFE, Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger). L'auteur rappelle tout de même que cela reste assez coûteux à une époque de flux dématérialisés (Internet), et surtout confus avec l'éparpillement des compétences entre les diverses structures.

Les différents aspects de la diplomatie culturelle française

Les derniers chapitres concernent les différents aspects de la diplomatie culturelle française. Y est notamment question de la promotion de la langue, objectif d'une importance majeure à l'intérieur (Loi Toubon de 1994) comme à l'extérieur du territoire. Contrairement à un Etat comme par exemple le Japon, la France maintient dans chacune de ses structures culturelles à l'étranger (notamment les Alliances Françaises) des enseignants de langue française. Ces enseignement constituent par ailleurs une forte source de revenus.

Autre aspect de la diplomatie culturelle, la promotion des industries culturelles françaises à l'étranger est également abordée. Ce dernier terme désigne aussi bien la musique que le multimédia ou l'audiovisuel. Ces dernier sont assurés par la présence d'une radio internationale (RFI), et d'une chaîne francophone internationale (TV5). L'auteur regrette toutefois que TV5 ne se contente que de rediffusions des chaînes internes, sans avoir de programmes propres. Le problème semble à présent résolu avec l'existence de France 24.

Le dernier chapitre de l'ouvrage aborde enfin un aspect sur lequel la France insiste lourdement, notamment à l'OMC : il s'agit de l'exception culturelle. Celle-ci vise à affranchir la culture du libéralisme ("les produits culturels ne sont pas des marchandises comme les autres") de par l'intervention de l'Etat avec des subventions et des lois obligeant à un certain maintien des produits culturels locaux dans les médias (loi sur les quotas d'expression française de 1994 pour la radio, avec quota de 40 % de chanson d'expression française sur les ondes nationales). Souvent qualifiée de protectionniste ou identitaire, l'exception culturelle vise cependant surtout à promouvoir la diversité culturelle, dont l'importance a été reconnue par l'Unesco (Déclaration Universelle sur la diversité culturelle du 26 octobre 2001). Le but est de voir les différentes cultures survivre à un marché bien souvent aveugle.

Conclusion

Un livre qui se lit assez vite, plutôt bien écrit, et facilement accessible. La masse d'informations contenue peut toutefois poser problème si l'on s'y connaît peu en relations internationales. Une deuxième lecture n'est donc pas inutile.

par Xuihtecuhtli publié dans : divers
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Samedi 29 mars 2008
18761582.jpgFilm d'animation (2007) réalisé par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi, Pesépolis raconte la vie de cette dernière, avec en arrière-plan une bonne partie de l'histoire de l'Iran et de ses habitants depuis la Révolution Islamique. Ce film est adapté d'un roman graphique du même auteur ; tout comme dans cet ouvrage, l'on peut y distinguer quatre grandes parties.

La première partie nous conte l'enfance de Marjane Satrapi, née en 1969, dans les dernières années du règne du chah Mohammad Reza Chah Pahlavi. L'on y découvre un Iran moderne, très occidentalisé, aux moeurs libres et en apparence insouciant. Toutefois l'envers du décors est vite dévoilé : une dictature de droit divin ("l'école nous a appris que le chah a été choisi par Dieu" dit la jeune Marjane a ses parents) ne tolérant pas l'opposition politique, enfermant nombre d'opposants (notamment les communistes). Toutefois l'ambiance reste relativement légère, la jeune Marjane étant une enfant particulièrement ... turbulente.

Puis vient la deuxième partie, celle de la Révolution islamique de 1979 et du retour de nombreux prisonniers politiques. Parmi eux se trouve notamment l'oncle de Marjane, Anouche, militant communiste qui voit en cette révolution l'avénement de la liberté pour l'Iran. Il déchantera vite. Il aura une relation privilégiée avec sa nièce, qui la marquera fortement. Puis vient le temps de l'adolescence dans un contexte de dictature des mollah, d'appauvrissement et de guerre contre l'Irak. L'on y voit les Iraniens tenter de vivre leur vie, faisant la fête en cachette, et se procurant sous le manteau des cassettes de musique américaine. Le climat devient de plus en plus lourd, au point que les parents de Marjane, déduisant que le fait que leur fille n'ait pas sa langue dans sa poche pourrait lui attirer des ennuis, décident de l'envoyer en Autriche, a Vienne.

Débute alors la troisième partie. L'expérience de Marjane à Vienne tourne vite au fiasco, la jeune fille vagabondant de logement en logement avant de finir à la rue. Elle y découvre une société au final bien éloignée de la sienne, avec des marginaux "désabusés" alors qu'ils ont tout. Elle y découvre également l'amour ... et surtout ses aléas, qui lui feront bien du mal. Malgré cet aspect sombre, la narration garde toujours un humour jamais déplacé (le contraste entre la vision du petit ami avant et après adultère est mémorable). L'on voit en cette partie du film que la société occidentale est elle aussi loin d'être parfaite, sa liberté et son individualisme n'étant pas sans contrepartie. Tout cela finit en un dégoût qui persuade Marjane de revenir en son pays natal.

Vient alors la quatrième et dernière partie, qui apparait en premier lieu comme une répétition de la deuxième : fêtes clandestines, enseignement pratiquant l'abrutissement idéologique et terreur que font régner les pasdaran (gardiens de la Révolution, apparemment une police politique), le tout avec des scènes parfois d'une certaine dureté. On y voit Marjane Satrapi commencer des études d'arts, se marier et ... divorcer, soutenue en cela par sa grand-mère, femme qui est restée très libre malgré le régime, et dont les conseils et reproches influencent grandement sa petite fille. Les souvenirs s'achèvent finalement sur le retour en occident de Marjane, pour la retouver de nos jours dans l'aéroport pour l'ultime scène.

Un mot notamment sur l'animation et la musique : la première donne un cachet réellement agréable au film, l'utilisation constante du noir et blanc jouant plutôt en sa faveur. Son utilisation, au lieu de "vrais" acteurs, permet notamment de mieux faire passer les émotions et autres éléments abstraits. J'ai notamment particulièrement apprécié la scène du début avec le chah et son fils, animés comme une sorte de marionnette indonésiène, le tout dans un décor très typé persan. La musique vaut également le détour, notamment celle du générique de début, qui est superbe.

par Xuihtecuhtli publié dans : cinéma
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Vendredi 14 mars 2008
bor-ale.jpgEtant tombé sur une mention des cycles Wheeler dans un lexique d'économie (le Dalloz pour ne pas le citer), et étant quelqu'un de curieux, je me suis attelé à des recherches sur les cycles en question. Ce fut en fait assez infructueux. Google m'a toutefois mené vers le site du Cycles Research Institute, et en particulier sur cet article (en anglais) de Robert A. Nelson.

Ces cycles furent inventés par l'économiste américain Raymond H. Wheeler, dans son ouvrage Climate, the key to understanding Business cycles, paru dans les années 1930. Son postulat est le suivant : l'histoire politique et économique de l'humanité est influencée de manière profonde par des variations climatiques, qui reviennent régulièrement tous les 100 ans. Ces variations prennent la forme de cycles (cycles wheeler) d'une durée de 70 à 120 ans, composés de quatre phases :

1) Froid-sec (cold-dry)
2) Chaud-humide (warm-wet)
3) Chaud-sec (warm-dry)
4) Froid-humide (cold-wet)

Selon l'article, les phases de climat chaud se caractériseraient par une tendance holiste de la société. C'est à dire que le groupe y prime sur l'individu. Les cas les plus extrêmes mènent à des dictatures et à des guerres d'importance majeure. Inaugurés par des périodes de baisse de la natalité et de dépression économique, ces phases correspondrait à des période d'excès, voyant naître ce que l'on appelle l'art et la littérature classique (âges d'or). Leur dernières années verraient un bon en avant de l'économie.

Au contraire, les phases de climat froid se manifesteraient par une atomisation de la société et une présence importante de l'individualisme. L'humanité y serait agressive et indépendante, provoquant des ères de révolution et de guerre civile, mais aussi des société démocratiques. L'art y serait, selon Wheeler, "romantique". C'est durant ces périodes qu'émergeraient de grands hommes, des leaders charismatiques (d'après Wheeler, 90 % des grands leaders ayant bonne réputation aujourd'hui auraient émergé dans des périodes dites froides).

L'article décrit ensuite en détail les différentes phases des cycles wheeler, et leurs transitions :

1) Froid-sec (cold-dry)

Cette première phase se caractériserait par un individualisme généralisé, s'appuyant sur des Gouvernements faibles. Ce serait des périodes de migrations importantes, donnant parfois lieu à des émeutes raciales. Les guerres civiles et intrigues de palais y seraient monnaie courante. La population de cette phase serait cosmopolite et épicurienne, s'enfonçant dans la superficialité et le scepticisme. Il s'agirait du climat le plus froid du cycle, doublé d'une activité sismique et volcanique assez intense. Le dernier cycle de ce type se serait terminé vers l'an 2 000.

La transition de cette phase vers la phase de climat chaud-humide, la suivante, serait marquée par une retour de l'intérêt pour la connaissance et la culture, l'émergence de génies scientifique, la révolution industrielle mais aussi le retour du nationalisme et l'impérialisme.

2) Chaud-humide (warm-wet)


Wheeler définit comme un "printemps" cette deuxième phase. L'humanité, bénéficiant d'un climat favorable et d'une augmentation de la natalité, se manifesterait par un comportement fortement énergique. En découlerait une certaine agressivité politique et économique, et l'apparition de leaders permettant la stabilité des Etats. L'économie serait prospère, la population optimiste. C'est durant ces phases qu'émergeraient la volonté d'explorer et de coloniser.

La phase de transition qui suit verrait les Etats devenir de plus en plus bureaucratiques, radicalisés et centralisés. Les minorités commencent à subir des persécutions, et des révoltes explosent.

3) Chaud-sec (warm-dry)

Cette phase connaitrait, dans la continuité de la transition qui précède, des tyrannies bureaucratiques au profit d'une ploutocraite ou d'une oligarchie, mâtinée de militarisme. Un fort totalitarisme risque d'apparaître, en particuliers dans les années où le climat est le plus chaud. Massacres, fanatisme et inquisition prendraient place dans cette phase.

A noter qu'il y a possibilité, durant la phase de climat chaud-sec, d'apparition de ce que Wheeler nomme un cold break, en particulier au moment où le cycle solaire est à son sommet. Il se caractériserait par des guerres civiles et d'éphémères réformes démocratiques, avant de retomber dans la phase d'origine.

La transition entre la phase de climat chaud-sec et celle de climat froid-humide serait une période de décadence, de cruauté, d'esclavage et de massacres. L'exemple donné dans l'article est celui de la Seconde Guerre Mondiale. Quand la température et le niveau de pluie baisse, cette transition serait achevée.

4) Froid-humide (cold-wet)

La phase qui suivrait serait marquée par la décentralisation étatique, et l'émancipation des populations. L'éducation deviendrait plus systématisée. Le taux de natalité augmenterait, et les individus seraient plus vigoureux, en meilleure santé. Cette phase verrait des migrations de masse et une prospérité économique doublée d'une accélération de la mondialisation.

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A noter que Wheeler parle également de cycles de 1 000 ans, composés eux-mêmes de deux cycles de 500 ans, le climat étant plus chaud à a la fin du premier cycle pour refroidir à partir du début du second. La présence de ces cycles de 500 ans provoquerait une forte sévérité de chaque cinquième phase froide des cycles de 100 ans. Cet événement aurait eu lieu aux siècles suivants : Vème av. JC, Ier, Vème, Xème et XVème siècle après JC, et marqueraient des points de transition entre les différentes civilisations. Wheeler avait prévu le prochain pour le début du XXIème siècle.
par Xuihtecuhtli publié dans : divers
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